La guitare sèche et le balcon (part II)


Au début, c'était les murs roses et oranges qui avaient retenu son regard une seconde. Puis le bazar qui régnait partout, du sol au plafond où des tentures avaient été attachées. Puis la musique qui s'échappait des fenêtres ouvertes. Enfin, lorsque le printemps fût venu, ce fut l'aménagement du petit balcon qui retint son attention. La personne qui vivait là avait transformé cet îlot de béton et de ferraille moderne en un cocon de verdure, y installant multitudes de plantes vertes, de fleurs aux couleurs toutes plus vives les unes que les autres, de coussins énormes et dodus et d'un gigantesque parasol digne des plages paradisiaques affichées dans les vitrines des agences de voyages. Depuis, lorsque Max regardait par ses fenêtres, puisqu'elles donnaient toutes du même côté et donc sur la même façade d'immeuble, il revenait toujours à cette tâche de gaieté et pouvait y rester accroché de longues minutes à observer ce mélange de couleurs. Lui qui avait un appartement clair, sobre et silencieux, sans rien de superflu, ne pouvait s'empêcher d'être séduit par cette explosion de couleurs, de bruits, de foutoir... Enfin, un jour, il découvrit qui avait commis tout ça. Et l'expression être séduit pris tout son sens...

L'enfer c'est les autres...

Sauf quand les autres c'est un petit bout de paradis...

La jeune femme qui vivait là était la définition de la félicité incarnée. Elle était aussi rayonnante que son appartement, aussi exaltée que sa musique, aussi attrayante que ses coussins et aussi ostentatoire que son parasol. Tout comme Max, son univers extérieur reprenait précisément son univers intérieur mais à l'opposé le plus extrême de lui. A partir du moment où il l'aperçut, sa vie bascula. Il faut dire pour être honnête que depuis que les murs avaient été repeints il avait cherché à la voir, pour comprendre quelle personne pouvait bien avoir imaginé une telle chose. Étrangement, il n'y arriva pas avant de longs mois. Ce fût le balcon qui lui apporta la réponse un beau matin de printemps. Il n'avait rien vu de la mise en place du décor, mais se retrouva nez à parasol en ouvrant ses volets roulants. Il faisait gris et froid, et les nuages étaient bas dans le ciel, mais soudain, en face de chez lui, sur 10m² en longueur, c'était l'été. Il était en train de chercher à savoir s'il était bien réveillé lorqu'une petite jeune femme sortit par la porte fenêtre et vint s'installer, ou plutôt se laisser tomber dans l'amas de coussins. Elle était brune, avec une épaisse chevelure bouclée, un visage tout fin, de grands yeux et une large bouche, une peau très claire et était aussi fine que petite. Elle était emmitouflée dans un grand châle jaune probablement fait main ou très ancien tant il semblait usé et déformé, et portait sur son crâne de larges lunettes de soleil. Une fois installée dans ses coussins vert pomme turquoise et fushia, elle rabattit ses lunettes sur ses yeux et posa comme si elle était en pleine séance de bronzage, le pied s'agitant au rythme d'une musique que Max n'entendait pas. Il resta encore un moment à la regarder, essayant de comprendre ce qu'elle faisait, mais elle ne bougea pas d'un iota. Il se décida donc à aller prendre son petit déjeuner. Sauf qu'il ne put se concentrer sur son livre parce que ses yeux retournaient sans cesse à la tâche jaune en face de chez lui. Il se prépara les yeux rivés sur la jeune femme qui ne bougeait rien d'autre qu'un peton enveloppé d'une énorme chaussette au bout d'une jambe croisée et en l'air au dessus de l'autre. Max travaillait ce jour-là, et il finit donc par quitter son appartement. Mais il y revient une minute plus tard et ouvrit une de ses fenêtres pour entendre la musique. Comme il le pensait, c'était une musique gai et entraînante qu'il découvrit, et les paroles étaient en créole. Cette fille avait juste décidée d'être en vacances, ou en tout cas au soleil, dans sa tête et dans son corps. Le monde autour était frigorifié et abattu, mais elle avait refusé le marasme ambiant et était partie en vacances sur son balcon. Rien que pour ça, elle avait gagné toute l'estime de son voisin d'en face.

Les jours qui suivirent la jeune femme ne réapparut pas. Max avait beau avoir les yeux rivés sur son appartement, il voyait bien les volets monter le matin et descendre le soir, mais aucune silhouette pour les manipuler. Le balcon était resté tel quel, la musique s'était tu, le bazar n'avait pas bougé d'un iota. Il finit par penser qu'elle n'était peut-être pas la propriétaire des lieux mais juste une amie de passage, réellement en vacances, et petit à petit il cessa de l'attendre.

Un soir, alors qu'il rentrait chez lui, il vit en ouvrant sa porte une luminosité un peu trop importante pour un appartement plongé dans le noir. Il se précipita dans la grande pièce et découvrit que la rambarde du balcon d'en face...

(à suivre...)



Dans les épisodes précédents...
http://jemedisais2.blogspot.fr/2013/05/la-guitare-seche-et-le-balcon-part-i.html

http://jemedisais2.blogspot.fr/2013/05/la-guitare-seche-et-le-balcon-part-ii.html

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5 commentaires:

  1. Très sympa !
    Belle écriture :)

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  2. Lolo from Lyons20 mai 2013 à 11:38

    Arghhhhhhh ! Faut pas finir sur un cliffhanger !!! La suite, la suite !!!

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  3. On prend le rythme et on attend la suite ! ça me donne envie de m'installer sur un transat au soleil, cocktail à la main et avec ce livre dans l'autre main...

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