La guitare sèche et le balcon (partie III)

...avait été recouverte de guirlandes électriques à grosses ampoules de toutes les couleurs, comme celles qu'on pouvait voir dans les ginguettes d'autrefois, et qu'elles étaient toutes allumées. Elles serpentaient entre les jardinières et remontaient même un peu le long de la façade. Max ne put s'empêcher de rire. Les voisins devaient être particulièrement énervés de voir ce résultat... Pourtant, qu'est ce que c'était gai ! Il attendit un peu, posté devant sa fenêtre, caché par l'obscurité de son appartement, et comme il le pensait, très vite la jeune femme réapparut. Elle mangeait un sandwich et vint encore une fois se laisser choir dans ses coussins sur le balcon. Son pied balançait encore, alors Max ouvrit doucement la fenêtre et entendit une musique toujours aussi gaie, mais dont le chanteur parlait français cette fois, mais avec une gouaille et des R roulés qui lui firent penser aux films en noir et blanc que ses parents aimaient regarder. Comme non seulement  il n'écoutait pas de musique, mais qu'en plus elle était quand même lointaine et donc qu'il n'entendait pas tout, il ne pouvait reconnaître les chanteurs ou les chansons, mais il était évident que cette musique n'était pas actuelle. Il resta tapi dans l'ombre à la regarder jusqu'à ce que les crampes de son estomac vide le firent trop souffrir pour continuer à les ignorer. Alors il résolut d'allumer et de se préparer à manger et n'alla se coucher que beaucoup plus tard, seulement quand les lumières multicolores se furent éteintes.

Par chance, c'était le début de ses vacances et il put guetter à loisir sa voisine. Il comprit alors pourquoi il voyait si peu la jeune femme. Elle devait travailler en horaires décalés car elle n'apparaissait que très tôt le matin et plutôt en milieu d'après midi, donc quand lui dormait ou qu'il était au travail. Il passa ces 10 jours à la fenêtre, l'ouvrant et la refermant pour attraper au passage quelques notes de musique et mieux saisir l'ambiance dans laquelle la demoiselle baignait. Elle changeait souvent, mais restait toujours entraînante et gaie. Il avait adopté l'emploi du temps de sa voisine et se désolait quand elle rentrait plus tard que prévu, ou dormait un peu plus qu'à l'accoutumée, trépignant d'impatience comme un enfant devant le rideau fermé d'un spectacle de marionnettes. Max n'était pas un voyeur et se refusait le droit de regarder lorsque les scènes devenaient plus intimes. Ceci dit, la fenêtre de la chambre avait de lourds rideaux qui étaient tirés la moitié du temps, et la salle de bain, tout comme la sienne, ne devait pas être pourvue de fenêtre, ou alors elle ne donnait pas de son côté. Il avait déjà surpris la belle vagabonder chez elle en sous-vêtement, mais avait toujours systématiquement tourné les yeux. Juste après avoir remarqué qu'elle aimait résolument la couleur, et qu'elle avait quand même adopté les codes esthétiques des femmes actuelles, notamment en matière de pilosité. Pas voyeur certes, mais pas un saint non plus.


Parfois, il lui semblait qu'elle regardait vers chez lui. Alors il faisait semblant de regarder ailleurs ou s'éloignait un moment. Mais elle n'avait jamais eu la moindre attitude qui lui avait permis de penser qu'elle l'avait vu. Pourtant une après midi, alors qu'elle venait de se réveiller et de sortir sur son balcon jardin, il la vit re-rentrer, puis ressortir, et lui faire un signe de la main. Gêné, Max s'éloigna instantanément de la fenêtre. Pourtant, son geste n'avait rien d'agressif ou de menaçant, c'était plutôt une sorte de bonjour. Il s'approcha à nouveau, jeta un œil. La jeune femme regardait toujours vers lui, souriante. Il lui rendit son sourire, un peu penaud, et il la vit faire un autre geste, comme si elle lui demandait d'ouvrir sa fenêtre. Ils étaient bien trop loin pour pouvoir s'entendre sans être obliger de crier, mais Max ouvrit tout de même, et tendit l'oreille. Il entendit... (à suivre)




Dans les épisodes précédents :
http://jemedisais2.blogspot.fr/2013/05/la-guitare-seche-et-le-balcon-part-i.html
http://jemedisais2.blogspot.fr/2013/05/la-guitare-seche-et-le-balcon-part-ii.html

Psst... Aidez-moi à développer ce blog en cliquant juste en-dessous sur un des petits boutons pour le partager sur vos réseaux sociaux ou en le recommandant à vos amis par mail ! 


Share this:

, , , ,

CONVERSATION

9 commentaires:

  1. Lolo from Lyons31 mai 2013 à 11:05

    Il a quand même une super vue, ton personnage. Apprécier la pilosité d'une personne à distance, c'est remarquable. :-)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. je n'ai pas dit à quelle distance était l'immeuble d'en face... et puis il y a poil et... touffe de poils ! :p

      Supprimer
    2. Pas faux, il est loin d'être myope dis donc ! Il ne regarde pas mais s'arrête drôlement sur les détails pour des regards soit-disant furtifs ! mdr

      Supprimer
  2. Lolo from Lyons1 juin 2013 à 12:27

    La suite ! La suite !

    RépondreSupprimer
  3. Une oeuvre remarquable ! Continuez !

    RépondreSupprimer
  4. Michel Houellebecq1 juin 2013 à 12:31

    Ma plus grande fan (Menni-Liza Bruniau) m'a conseillé votre blog et elle a bien fait : j'aime énormément le début de votre roman.
    Encore mieux que "La Carte et le Territoire" qui m'a valu le prix Goncourt. Bravo !

    RépondreSupprimer
  5. Averell Dalton1 juin 2013 à 12:32

    Quand est-ce qu'on mange ?

    RépondreSupprimer
  6. Déjà un contact ? Intéressant, j'aurais vu une évolution différente ! J'attends la suite avec impatience !

    RépondreSupprimer