la guitare sèche et le balcon (partie VII)

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...


« ENCHANTEE,
MOI, C'EST ÈVE »


Elle fit une révérence, toujours aussi gracieuse, et Max lui répondit par un hochement de tête. Puis elle leva l'index en l'air comme pour dire attention et montra une deuxième feuille :


MAIS SI TU ME PASSES
« ÈVE, LÈVE-TOI »
ON VA PAS RESTER
AMIS LONGTEMPS !!!


Max sourit et lui fit un signe de la main pour préciser qu'il avait bien compris. Il ne lui ferait pas cet affront. Ils restèrent là, immobiles, à se regarder, sans plus rien dire ou faire... Sans doute ne sachant réellement quoi dire ou faire... Mais le sort se décida pour eux, et Ève rentra précipitamment dans son appartement après avoir levé une main pour lui demander d'attendre. Il l'observa et vit qu'elle répondait au téléphone. Il attendit un moment, puis elle ressortit, toujours avec le combiné en main, et lui fit comprendre par une grimace qu'elle en aurait pour un moment. Il lui répondit par un OK résigné, puis pris son pc et rentra dans son appartement. Il alla boire un verre d'eau fraîche, regarda à nouveau par la fenêtre en repassant devant, la vit papoter tranquillement, rire, ce qui le fit sourire à son tour, puis il alla s'asseoir dans son canapé.

Ève... Voilà qu'il connaissait son prénom... Le contact était établi... Jusque là, il avait pensé que la jeune femme avait voulu lui donner une leçon lorsqu'elle avait passé cette chanson qui parlait de voisins et de voisines, lui signalant qu'il était repéré et qu'il devrait arrêter ses petites observations. Pourtant il semblerait qu'il se soit bien trompé. Elle avait au contraire cherché à attirer son attention. Et cela lui paraissait tout bonnement incroyable. Il faut dire que Max n'était pas ce qu'on pouvait appeler un tombeur, ni même un séducteur. Non pas qu'il soit laid ou repoussant, quoiqu'il n'en savait pas grand chose au final, ou que les femmes ne l'intéressent pas. Simplement il n'était pas forcément très attiré par le jeu de séduction puisqu'il l'obligeait à rentrer en contact avec les autres, et que les autres, pour lui, aussi attirantes soient-elles, c'était l'enfer. Max avait un mal de chien à comprendre ces autres, à interpréter leur gestuelle, à trouver le double sens de leurs phrases, car elles en avaient toujours un. Et lorsque ces autres étaient au féminin, ça devenait carrément impossible. Et puis ce trouble qu'il ressentait devant une femme qui lui plaisait était pire que tout. Mauvais conseiller, mauvais compagnon, mauvaise idée, définitivement. Il avait bien eu quelques histoires d'amour, mais toujours parce que la dame était venue à lui, ne lui avait pas laissé la possibilité de douter de ses intentions, et qu'elle avait pris les choses en main. Il se retrouvait alors embarqué dans ces histoires sans trop comprendre ni comment ni pourquoi, mis à part les indices irréfutables que lui donnaient ses hormones, et les vivait un peu comme un canot de sauvetage reste à la surface d'un océan agité, c'est à dire en suivant les reliefs de l'eau, sans réfléchir et sans prévoir. Une vague arrive, le canot monte, elle repart le canot redescend. Et rebelote. Une vague, un creux, une vague, un creux, une vague, un creux... Mais si aucun secours n'arrive jamais, alors un jour, sans raison particulière, le canot finit par prendre l'eau. D'abord un peu, une éclaboussure, trois fois rien. Le canot tangue toujours, rassuré par l'inoffensivité de ces quelques gouttes. Puis un peu plus, une vaguelette plus rapide que les autres, puis une deuxième, et une troisième. Le canot ralentit dans sa danse, a de plus en plus de mal à suivre de près les mouvements des flots. Alors les vaguelettes deviennent chaque fois un peu plus rapides et agiles que lui, et chaque fois elles l'inondent un peu plus. Et puis un jour, c'est la grosse vague qui le submerge et le canot coule, inexorablement.

Chacun de ses naufrages étaient pour Max un moment terrible de remise en question profonde et qui aboutissait systématiquement à la même conclusion : les autres restaient un mystère impénétrable pour lui et il n'était pas armé pour les fréquenter de quelques façons que ça soit. Alors il se repliait encore un peu plus sur lui, réussissant à se persuader qu'il était tout à fait heureux ainsi. Ceci dit, si l'on considère que s'éloigner des gens lui permettait d'éviter les inévitables déceptions que leur compagnie lui procurait, c'était vrai. Loin des autres, il était heureux. Son dernier naufrage en date était plutôt vieux maintenant. Il avait réussi à éviter les rencontres tentantes. Et c'était bien ainsi. Les livres, sa mère, sa guitare. Peu de choses, mais un cœur entier.

Et puis ce balcon avait attiré son attention... Et puis Eve...


Soudain Max eut la sensation d'étouffer. Il se leva , attrapa ses clés restées sur la table de la salle à manger et sortit précipitamment de chez lui en claquant la porte de son appartement.Il se mit à marcher très vite en direction des quais, si vite qu'il courrait presque, arriva près du fleuve et commença à le longer en direction du parc. A cette heure-ci, les enfants et leurs parents étaient rentrés chez eux pour prendre leur bain et dîner, et les fêtards n'étaient pas encore arrivés, alors il pourrait s'asseoir en face du lac sans risquer d'être déranger. Il marchait si vite, qu'il y arriva plus rapidement qu'il ne l'aurait cru. Il avait raison, le parc était désert à cette heure-ci. Il put choisir son banc favori pour s'asseoir et regarder tranquillement l'étendue d'eau en attendant que cette vue familière l'apaise. Les idées se bousculaient dans sa tête, son cœur battait la chamade. Il sentait que le canot était de retour, mais il n'en voulait pas. Il ne savait que trop bien comme il souffrirait d'ici quelques temps, combien il se sentirait moins que rien, quantité négligeable, minable et ridicule. Et pour rien au monde il ne voulait revivre tout ça. Rien. Ni personne. Pas même le joli sourire de cette jeune femme. Ni ses cheveux longs, ni sa cheville fine. Ni même ses petits sauts de joie, son éclat de rire ou ses révérences aussi charmantes soient-elles. Rien de tout ça ne pouvait le convaincre de replonger. Rien de tout ça ne devait le convaincre de replonger. Il lui fallait absolument mettre fin à ce petit jeu, cesser cette histoire avant même qu'elle ne commence. Il se savait fort mentalement, savait qu'il pouvait se faire confiance pour résister. Il lui suffisait de s'isoler un peu plus, de s'absorber dans un de ses bouquins préférés jusqu'à disparaître de la surface de la terre. D'ici peu, il reprendrait son travail et tout serait plus simple, il n'aurait plus les mêmes horaires qu'elle et pourrait donc l'éviter sans difficulté.

Rassuré par cette décision qui lui semblait idéale, Max se détendit et se laissa tomber contre le dossier du banc. Il ferma les yeux, inspira profondément et lorsqu'il les rouvrit, il découvrit le spectacle magnifique qu'il avait devant les yeux. Le soleil était en train de se coucher et même s'il était invisible de là où Max était, il colorait le ciel dans un rose orangé flamboyant et teintait les nuages d'un jaune d'or incroyable. La surface du lac était calme et paisible, pas un souffle ne venait en griffer la surface. Les roseaux au loin étaient immobiles, rassurants. Les bruits de la ville étaient étouffés. Les oiseaux tournoyaient mollement dans l'horizon, les canards semblaient endormis sur l'eau. Tout ici était lénifiant. Puis, venant d'une autre rive, le son mélancolique d'une cornemuse se fit entendre. Max savait que quelqu'un venait souvent en jouer l'été, à la tombée du jour, perdu dans ce parc, mais n'avait jamais croisé le musicien. Pourtant, si ça avait été le cas, il serait allé le remercier de ces moments de grâce qu'il offrait aux passants. Il écouta longtemps le chant éraillé de l'instrument, et ne rentra chez lui qu'une fois la nuit déjà bien avancée et la mélodie terminée. Lorsqu'il pénétra dans son appartement plongé dans l'obscurité, il distingua clairement le halo lumineux des guirlandes colorées du balcon d'en face. Près de la porte d'entrée, il y avait une commande générale pour tous les volets. Il appuya sur la flèche du bas et le noir complet se fit.

(à suivre...)






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CONVERSATION

7 commentaires:

  1. En tant que membre honoraire du fan-club de Julie Pietri, je suis outré par cet épisode !

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  2. hum... cher Lolo je crains que ton sens artistique ne soit choqué par l'intégralité de cette histoire... :/

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  3. Ce Max est ridicule !

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  4. Nous souhaiterions que vous citiez notre marque, lorsque vous décrivez le système de volets électriques de votre personnage Max.
    Pourriez-vous nous contacter ?

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  5. Société Bubendorff10 juillet 2013 à 08:18

    Non, signez un partenariat avec nous ! Nos volets électriques sont meilleurs !

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  6. Société Lapeyre10 juillet 2013 à 08:19

    Non, non, contactez-nous !

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  7. rrhhoooo une personnalité aussi abimée ça promet des rebondissements ! J'adore ce moment de plénitude, de sérénité au bord du lac, je m'y serai crue ! Je me suis même prise au jeu et me suis détendue...

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