La Guitare sèche et le balcon (partie IV)

...une guitare, et distingua une voix d'homme chantant :

« ...heure environ... choisiras..., tu l'enfil'ras.. dans... champ de vision... ma fenêtre en face, j'caresse le plexiglas. Concurrence déloyale de ton ... buée dense interrompt ma transe Puis des épais rideaux Et c'est... Un.. façade me cache ta palissade... »

Il n'en revint pas. Est-ce qu'il avait bien saisi les paroles ? La voisine était rentrée chez elle, mais la fenêtre restée ouverte continuer à diffuser la musique. Il tendit l'oreille :

« … toujours préféré... voisines...  j'ai.... préféré... voisins... sines... » Max sortit carrément sur son propre balcon, et entendit alors enfin plus distinctement « toujours préféré aux voisins les voisines. J'ai toujours préféré aux voisins les voisines...»

Il regarda encore une fois la jeune femme qui venait de ressortir, sa voisine donc, qui était toujours souriante et la vit lui adresser un clin d'oeil avant de retourner dans son appartement. Max resta coi, ne sachant quel sens donner à ce qui venait de se passer... Il finit par aller s'asseoir sur son canapé, toujours aussi perplexe, regardant régulièrement par la fenêtre vers le balcon fleuri, se demandant si c'était effectivement un message qui lui était adressé. Au bout de plusieurs heures de tergiversations, il conclut que c'était effectivement un message, que la jeune femme avait dû remarquer qu'elle était observée et décider de le lui signifier ainsi, sans colère mais avec humour. Pour autant, le propos était clair, il était repéré, et il décida donc de ne plus chercher à observer la demoiselle. D'ailleurs, il se demanda même comment il en était arrivé à passer autant de temps sur cette lubie alors qu'il avait tellement de bons livres qui prenaient la poussière en attendant qu'il veuille bien reporter son attention sur eux.

Il dîna en écoutant un peu de musique sur son ordinateur, puis choisi un des bouquins qu'il avait récemment achetés, et se plongea dedans. Voilà. Ce n'était pas plus compliqué que ça. Reprendre tranquillement sa vie d'avant, là où elle était juste avant que ce balcon ne débarque dans sa vie. Il s'était bêtement laissé distraire, et avait perdu plusieurs jours de congés inutilement. Tout ça pour quelques loupiotes colorées et une cheville se balançant dans l'air. Vraiment !! Fallait-il qu'il soit faible pour se laisser aller ainsi. Alors que lire, ça c'était quelque chose de concret, de fiable. Les histoires avaient un début et une fin. Et lorsque on en terminait une, on pouvait passer à la prochaine, sans aucun risque pour soi, si ce n'est quelques déceptions mineures liées à un mauvais choix... Chose qui lui arrivait cependant bien rarement, puisque son expérience lui permettait désormais de savoir très rapidement si le roman serait à la hauteur de ses espérances ou non. Il lui suffisait de feuilleter un peu l'ouvrage, de lire quelques passages au hasard à différents moments (mais jamais à la fin pour ne pas prendre le risque de tomber sur un indice qui lui donnerait une idée du dénouement de l'histoire) pour savoir si effectivement il tenait entre ces mains un objet de plaisir. Mais si un mauvais script arrivait à franchir quand même cette barrière et qu'il le lisait (toujours jusqu'au bout, par respect de l'auteur), rien de grave ne se produisait et il l'oubliait aussi vite qu'il l'avait lu. Oui, lire c'était effectivement une valeur sûre.

Alors qu'il pensait à tout ça, il s'aperçut qu'il venait de relire plusieurs fois la même page sans parvenir à en retenir un traître mot et en conclut qu'il devait avoir sommeil. Il posa son livre, éteint sa lampe, rejoignit sa chambre. Comme il faisait nuit, il remarqua bien au passage que les guirlandes étaient allumées, mais il ne tourna pas la tête et ignora superbement ce qui était encore l'objet de toutes ses attentions quelques heures plus tôt...






************************************************







Il tournait et retournait depuis plusieurs heures dans son lit sans parvenir à trouver le sommeil.


Le volet de la fenêtre de sa chambre était fermé, mais par la porte il voyait les lumières colorées qui brillaient toujours dans l'obscurité de son appartement. Il savait d'où elles venaient. Il savait que ça voulait dire qu'elle n'était pas partie travailler. Qu'elle n'était pas couchée non plus. Elle écoutait sans doute de la musique... Peut-être une vieille chanson. Peut-être sa cheville balançait-elle en ce moment-même au son d'un rythme créole. Sirotait-elle un de ces breuvages dans ses verres fluo ? Avait-elle relevé ses cheveux ?... Il n'arrivait pas à la chasser de ses pensées. Il avait beau faire tous les efforts du monde pour y parvenir, elle restait là, comme figée dans son cerveau. Impossible de l'en chasser. De guerre las, il finit par mettre un pied parterre et se lever, mais au moment précis où il allait entrer dans le salon les lumières s'évanouir et il se retrouva dans le noir. Il se figea. Resta immobile quelques minutes, puis... 

(à suivre...)

chanson citée : "Les Voisines" de Renan Luce






Dans les épisodes précédents :
http://jemedisais2.blogspot.fr/2013/05/la-guitare-seche-et-le-balcon-partie-iii.html

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CONVERSATION

5 commentaires:

  1. Lolo from Lyons11 juin 2013 à 14:21

    Cette fois, il n'y a aucune faute d'orthographe ! (oui, ben j'ai envie de lire la suite...)

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    1. dingue !!!! j'y suis arrivée !!! :) (oui, ben j'en suis ravie !)

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  2. Lolo from Lyons11 juin 2013 à 14:22

    Et tu as des goûts musicaux merveilleux !

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  3. Gros moment de peur : je me suis identifiée à ton personnage quand il dit lire les livres jusqu'au bout par respect pour l'auteur, même si ça n'en vaut pas la peine... Je fais ça aussi et je maudit cette habitude qui me fait perdre du temps devenu précieux...

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