La Guitare sèche et le balcon (partie V)

*rendez-vous au bas de cet article pour (re)découvrir les liens vers tous les épisodes précédents*


...fit demi-tour et retourna sous ses draps. Ainsi va la vie. Les lumières s'étaient éteintes, le moment était passé.

Le lendemain matin, Max dormit plus tard qu'à l'accoutumée. Il avait passé une mauvaise nuit et le peu de sommeil qu'il avait réussi à trouver avait été perturbé par des rêves complètement farfelus. Il était donc dans un état semi-comateux et un mal de crâne pulsatile l'empêchait de bouger la tête librement. Il se leva péniblement, se dirigea à tâtons vers sa cuisine, mais la lumière qui régnait dans la pièce principale dont il ne fermait jamais le grand volet roulant lui fit si mal aux yeux et au cerveau qu'il se précipita pour le baisser et se retrouva dans une demie obscurité. Il avala un comprimé d'aspirine, seule réelle amie dans ces moments-là, but un immense vert d'eau tiède puis fila sous la douche, sous laquelle il resta longtemps.


Lorsqu'il en ressortit, il se sentait nettement mieux. Il prépara son petit-déjeuner et s'assit à sa table pour le déguster. On était en pleine semaine, les gens étaient tous partis au travail ou en vacances et malgré les fenêtres ouvertes, il n'y avait pas un bruit dans tout le quartier. C'était étrange de ne rien entendre. Ces derniers jours, il avait tellement été captivé par ce qu'il se passait en face qu'il en avait oublié le monde extérieur. Il s'était aussi habitué à entendre régulièrement de la musique, et il se souvint de sa mère chantonnant ses sempiternelles vieilles chansons lorsqu'il était enfant. Sa mère était une femme gaie comme un pinson, légère, toujours de bonne humeur, et un joli sourire restait accroché à ses lèvres même au réveil. En vieillissant, elle avait garder ses yeux pétillants et sa façon de le taquiner, ce qui donnait l'impression que son corps usé par le temps n'était qu'un costume qu'elle mettait pour ne pas révéler au monde qu'en fait elle n'avait pas vieillie d'un iota et qu'en vrai elle avait toujours 35 ans... Souvent elle lui répétait avec ce drôle de petit regard en coin qu'elle ne comprenait pas comment elle avait pu faire de son fils une personne si solitaire et sérieuse alors qu'elle était l'exact opposé. Max sourit. Elle avait pourtant raison. Lorsqu'il était enfant, elle lui avait fait vivre mille aventures toutes plus rigolotes et enchanteresses les unes que les autres. Il se rappelait parfaitement de la joie qu'il avait en lui chaque matin et chaque soir. En grandissant, elle s'était révélée une piètre figure d'autorité, mais même une fois adolescent, il tenait tant  à son sourire et aimer tellement voir sa mère joyeuse qu'il n'avait jamais cherché à la faire enrager ou à pousser les limites un peu plus loin. Il était toujours ébahi de voir comme elle pouvait transformer une journée maussade en une petite fête. Elle aimait s'entourer d'amis, inviter et être invitée, sortir, danser et s'amuser. Et encore une fois, les années passées n'avaient pas réussi à entamer sa vie sociale. Elle continuait à aller dans des thés dansants, au cinéma, au théâtre et aux concerts. Elle avait même fait au printemps dernier encore une des ces croisières pour 3e âge dont elle était revenue ravie. Elle s'inquiétait peu du qu'en dira-t-on et avait décidé il y a longtemps de cela que sa vie serait un amusement perpétuel. Et même lorsqu'elle était devenue veuve, alors qu'elle était pourtant très jeune et Max jeune ado, elle avait refusé de se laisser aller à la tristesse et au désespoir. Il avait bien vu qu'à cette époque-là ses yeux brillaient moins, que son sourire était moins large, l'entrain moins facile et que ses mains semblaient comme vides et perdues. Mais petit à petit, doucement, les étoiles étaient revenues et ses jolies lèvres avait recommencé à s'étirer de plus en plus. Seules ses mains étaient restées vides et perdues à tout jamais.
A cette époque, celles des étoiles éteintes, Max aurait tout donner pour les voir se rallumer. Il avait délaissé ses livres pendant un temps et s'était évertué à les rallumer une à une. Sa maman faisait tant d'efforts pour tenter d'y arriver, pour continuer malgré tout à ce que leur vie soit une fête, qu'il n'avait pas pu l'a laissé s'en sortir seule. Il était même allé jusqu'à apprendre la guitare pour que dans les moments les plus difficiles pour elle il n'ait qu'à se mettre à en jouer pour l'aider à reprendre le dessus. Pour elle. Seulement elle. Personne d'autre. Et personne ne savait qu'il était un si bon musicien. C'était leur secret absolu. Il jouait en fredonnant, elle s'approchait, faisait un de ces sourires fatigués qui lui déchiraient le coeur, puis doucement se détendait, se laissant envahir par les notes et elle finissait par chanter avec lui. C'était une sorte de rituel entre eux, il commençait par des chansons douces, puis accélérait le rythme petit à petit au fur et à mesure que la tristesse s'envolait, pour que ça termine en franche rigolade et en énormes câlins. Mieux que tous les discours, c'était un code entre eux, et il avait toujours fonctionné. Max avait travaillé uniquement les chansons qu'elle aimait le plus, évitant celles qui étaient trop mélancoliques. Joe Dassin, Jane Manson, Antoine, Michel Sardou, Michelle Torr, Serge Reggiani, Georges Moustaki, Barbara, Jean Ferrat, Brel et même Johnny Halliday et Sylvie Vartan n'avait pas de secret pour lui à cette époque. Le préféré de sa maman, celui qu'il utilisait dans les moments les plus durs, restait Nino Ferrer. "Mirza", "Les Cornichons", "Ho ! Hé ! Hein ! Bon !", "Le Téléfon"... Que de souvenirs... Mais celle dont il avait usé et abusé était  "Le Sud". Il commençait souvent par celle-là d'ailleurs. C'était presque devenu leur générique. Et aujourd'hui encore lorsqu'il allait la voir, elle la lui réclamait à chaque fois. Alors il grattait sa guitare et les années disparaissaient.

A ce souvenir, Max eut envie de la jouer. Il alla chercher sa vieille guitare dans sa chambre et, assis sur le lit, commença à jouer les notes et à fredonner. Arrivé à la fin de la chanson, il eut besoin de boire et partit chercher une bouteille d'eau. En passant dans son salon, il entendit...

(à suivre) 



http://jemedisais2.blogspot.fr/2013/05/la-guitare-seche-et-le-balcon-partie-iii.html
http://jemedisais2.blogspot.fr/2013/06/la-guitare-seche-et-le-balcon-partie-iv.html

Psst... Aidez-moi à développer ce blog en cliquant juste en-dessous sur un des petits boutons pour le partager sur vos réseaux sociaux ou en le recommandant à vos amis par mail ! 

Share this:

, , , ,

CONVERSATION

3 commentaires:

  1. Je viens de dévorer les 5 parties comment dire je suis fan vivement la suite....

    RépondreSupprimer
  2. Comme Oriane, je viens de lire les 5 parties à suivre et j'attends la suite ! Juste qu'il faudra vraiment que tu fasses relire ton texte si tu souhaites le faire publier... Je m'écorche parfois les yeux ! ;-)

    RépondreSupprimer